Un infirmier…

01 avr 2009

Journal de Jean-Tanguy, première partie

Publié par: Thomas Dans: A l'hôpital

Le journal de Jean-Tanguy, auditeur junior chez Ernst&Andersen

 

Cher journal, je commence à t’écrire essentiellement pour tester le clavier tactile de mon nouveau Blackberry de fonction.

Je suis arrivé ce matin au Centre Hospitalier de St Pouille sur Doure. Ma mission: Optimiser le cash-flow de la masse salariale en benchmarkant l’efficience du personnel. Ce n’est que ma deuxième mission, mais je suis content, je viens de faire la même chose dans un supermarché Cora. Des caissières, des infirmières, ça doit marcher pareil. Un chef de service, ça doit ressembler à un chef de rayon.

J’ai été accueilli par le directeur. Très gentil mais très discret, il voulait absolument me faire passer par une petite porte dérobée et me demandait tout le temps de parler moins fort en se tordant les mains. C’est drôle, celui de Cora faisait pareil.

Le directeur m’a demandé de commencer vers le service de chirurgie générale. Je lui ai demandé s’il venait avec moi, il m’a répondu qu’il ne préférait pas qu’on nous voie ensemble, qu’il avait assez d’ennuis comme ça, merci bien. Il est vraiment très discret.

Quand je suis arrivé, une infirmière m’a demandé si j’étais le commercial de chez Acupan. J’ai dit non, pourquoi? Elle m’a répondu que c’était à cause du costume et des dents blanches. C’est gentil, je fais très attention à mes dents.

J’ai trouvé une toute petite salle qui doit leur servir de débarras. Je me suis installé là, pour ouvrir mon bloc note et recharger mon Blackberry. Une autre infirmière est arrivé, m’a demandé ce que je faisait dans la salle de détente, et si j’étais le commercial de chez Perfalgan. J’ai dit non. Elle n’avait pas l’air très contente et m’a demandé si je n’avais pas des stylos. J’ai répondu que non, que le seul stylo que j’avais m’avait été offert par Papa pour mon MBA, et que donc non, désolé. Elle m’a regardé avec un drôle d’air et m’a demandé de ne pas toucher aux tasses.

J’ai commencé à écrire sur mon bloc: “Salle de détente ==> détente ==> baisse de productivité” Mon travail a commencé, à bientôt pour la suite de mes observations.

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27 mar 2009

Follow the yellow brick road (or die)

Publié par: Thomas Dans: A l'hôpital

35134wizard_oz Un hôpital, c’est un peu comme un décor de cinéma. Il y a l’accueil, des géraniums, quelques portes avec des mots comme "consultation" pour faire bien. Mais si vous prenez la 4ème porte au lieu de prendre la 3ème, tout s’effondre. On voit la face cachée, les poutrelles, les projecteurs et le gars qui passe la cireuse. Car un hôpital, ça n’a jamais été conçu pour les patients. Ni pour les soignants d’ailleurs. Un hôpital, ça obéit à une espèce de logique interne que personne ne peut entrevoir dans sa globalité. Sauf peut être le gars qui passe la cireuse.

Patients, étudiants divers, quand vous voyez des soignants aller d’un point A à un point B d’un air décidé, sans aucune hésitation, sachant tirer-pousser les portes sans se tromper, vous vous dites qu’ils sont super forts. Et que vous aimeriez bien être comme eux.

Détrompez-vous, ces gens-là ne sont à l’aise que sur quelques trajets prédéfinis, mémorisés au cours de longues années de va et vient routiniers. Ca fait 23 ans qu’Odile fait le chemin du Service de Médecine B vers le labo de biochimie. Vous pensez donc qu’elle les connait, les portes à tirer et celles à pousser. C’est même elle qui, un jour de grande bonté, a scotché devant l’entrée de son service: “Ici, ce n’est pas la Médecine A”. Sans donner bien sûr la moindre indication sur l’emplacement de la Médecine A.

Faisons une expérience. Vous voyez cet infirmier, qui arbore fièrement son pyjama jaune poussin entre la réanimation et le scanner? Voyez comme il a l’air sûr de lui, avec son 4 couleurs, son rouleau de sparadrap rouge et sa pince Kocher. Bien. Bandez-lui les yeux, montez-le d’un étage et partez. Cinq minutes plus tard, vous retrouverez l’infirmier au même endroit, en position fœtale au milieu du couloir en train de hululer. Il n’a plus sa trace olfactive, il est paumé.

Une fois n’est pas coutume, voici quelques photos permettant d’illustrer mon propos:

P160309_16.44[01]

Ca y’est. L’erreur fatale. Porte de gauche au lieu de porte de droite. Le côté obscur de la Force, avec les tuyaux, le lino, les chariots de bouffe, les poubelles et les gars en bleu qui réparent des trucs avec d’autres trucs.

Et accessoirement le couloir le plus long jamais emprunté par mes sabots. Le couloir le plus chic, aussi, grâce aux fresques murales seventies d’une grande beauté.

Aucune signalétique, bien sûr, le gars qui passe la cireuse sait où il est. A moins que les fresques soient en elles-mêmes une sorte d’indication conceptuelle, je vous laisse en juger.

P160309_16.44Bon, je suis mauvaise langue. La signalétique était là, devant mes yeux. Probablement constituée au fur et à mesure des errements de chacun. A quoi bon payer des professionnels alors que chacun peut participer avec son marqueur?

Du coup, alors que je pensais sérieusement  m’installer tranquillement en position fœtale en attendant qu’on me trouve, je peux me diriger d’un pas alerte et professionnel vers un service, et peut être, peut être vers une sortie.

P160309_16.45

La sortie, la voilà. A un petit détail prêt.

“Interdiction d’ouvrir la porte, présence de vide derrière. Risque de chute”

Mouais. J’ai super envie de me barrer, certes, et se défenestrer directement sur une réanimation chirurgicale est plutôt séduisant, mais finalement non.

"Il se moque, il se moque, mais est-ce qu’au moins il a une solution pour ne pas se perdre?"

Ah mais moi je raconte juste des histoires, Madame. Si les gens ne se paument plus, sont gentils, polis et psychologiquement équilibrés je suis bien embêté pour mon blog. Je n’ai donc absolument aucun intérêt à trouver des solutions à quoi que ce soit.

De toute façon il n’y a aucune solution. L’hôpital est plus fort que vous. Vous avez rendez-vous Pavillon Myosotis, secteur jaune, pôle B, entrée C3 puis 2ème porte à gauche? Position foetale.

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07 mar 2009

Accroche-toi Brenda!

Publié par: Thomas Dans: Secourisme

Motif de départ: Difficulté respiratoire chez une femme de 92 ans, RPA (Résidence pour personnes âgées) Sainte-Marie du-Cœur-Sacrifié-de-Jésus

Arrivée: 21 heure. Une porte vitrée, un code. J’ai pas le code. Contre appel, ça sonne au standard, personne. Je le sais puisque le standard, il est à 5 mètres devant moi. Mais derrière la porte à code. Répondeur: “Résidence SMCSJ, bonjour, notre accueil est ouvert de 9h00 à 17h00, à bientôt”.

Petit coup de latte sur la porte, moyen coup de latte, gros coup de latte. Le gardien arrive, ouvre la porte.

- Oui?
- Oui, c’est les secours, on vient voir Madame Truc.
- Quelle chambre?
- C’est drôle, j’allais vous poser la même question.

Finalement, c’est chambre 206. Devant la chambre, une blouse blanche:

- Ah, vous venez pour Mme Truc, il faut l’emmener à l’hôpital, elle crache du sang et elle dit qu’elle étouffe.
- Vous pouvez allumer la lumière?

-Clic-

- … Mais, heu… elle est morte la dame, là…

- Ah ben non, tout à l’heure elle m’a dit qu’elle avait du mal à respirer, même qu’elle crachait du sang.
- Oui, mais là elle est morte, là.
Un pouls carotidien, quand même, on est professionnels oui ou non?

Le problème, c’est qu’elle n’est pas morte. En tout cas, officiellement elle n’est pas morte. Parce que pour moi, secouriste, quelqu’un de mort, il est au choix tout raide, décapité, décomposé. Sinon, non.

Or Madame Truc est toute molle, sa tête est bien accrochée et ça ne sent rien d’autre que l’ECU. ECU, c’est Eau de Cologne / Urine, un grand classique de la large gamme olfactive hospitalière.

Donc, elle n’est pas morte. Donc elle est en arrêt. Depuis un temps laaaargement indéterminé, à 92 ans. Mais on s’en fout.

Hop hop hop, les gars, par terre la vieille, on a une vie à sauver, yeah.  On arrache la chemise de nuit, on masse, on ventile, on pose le DSA. Allez, respire, respire! On la perd, charge à 200! Accroche-toi, Brenda!

Moi, je me casse appeler la régulation du SAMU pour arrêter la blague.

- Vous avez demandé le SAMU, ne quittez pas [Flûte de Pan] Vous avez demandé le SAMU, ne quittez pas [Flûte de Pan] Vous avez demandé le SAMU, ne quittez pas [Flûte de Pan] Vous avez demandé le SAMU, ne quittez pas [Flûte de Pan] Vous avez demandé le SAMU, ne quittez pas [Flûte de Pan] Vous avez demandé le SAMU, ne quittez pas [Flûte de Pan]

- La régulation.
- Ouais, c’est Thomas sur Belette (on a des indicatifs à la con). La dame est en arrêt.
- OK je t’envoie un SMUR
- Nan, mais sérieusement, elle a 92 ans, elle est surmorte, ne m’envoie pas un SMUR.
- SOS médecins a 1h30 de délai, et encore, s’ils veulent bien partir pour un certificat de décès. Je t’envoie un camion.
- Eh, franchement, entre nous, on peut pas arrêter, là?
- Non, je t’envoie un camion.

Quand on a vingt minutes à tuer (hu hu hu) avant l’arrivée d’un moyen médicalisé qui ne servira à rien, qu’est-ce qu’on fait? Eh bien on s’entraîne. « Tiens, subluxe-la avec ton petit doigt » , « vas-y, moins fort » , « qui n’est pas encore passé à la ventilation? »  Le tout avec un défibrillateur qui s’obstine à répéter « Analyse du rythme cardiaque en cours, pas de choc indiqué » Tu m’étonnes.

Quand l’équipe médicale arrive, Madame Truc peut enfin regagner le lit qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Ah ben non, l’externe n’a jamais intubé. Encore 10 minutes de pseudo réa.

- Tu vois quoi?
- …
[Analyse du rythme cardiaque en cours, ne pas toucher le patient]
- Ho! Parles un peu! tu vois quoi???
- Rien…
- Et là?
- Je vois la langue…

L’exercice est terminé, Brenda est redevenu Mme Truc, Mme Truc a enfin le droit d’être morte, la morte retrouvé son lit. Le thorax un peu abimé, quand même.

Un jeune équipier de retour à la base: « Trop cool, on a fait un arrêt! ». Je m’acharne sur lui pendant 5 minutes. C’est parfaitement minable, mais sur le coup j’en ai bien besoin.

Ah, la fierté du travail bien fait, c’est tellement bon…

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03 mar 2009

Survivre à l’hôpital: Le téléphone

Publié par: Thomas Dans: A l'hôpital

J’ai enfin retrouvé cet article, mystérieusement disparu lors de mes bidouillages ratés.

Allez, pour varier un peu, voici un “survivre à l’hôpital” audio, fruit de mes innombrables appels estivaux en régulation pour tenter de caser-chercher-rapatrier un patient.

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28 fév 2009

Sauver ou partir

Publié par: Thomas Dans: Secourisme

mpg_c1 Voilà bientôt dix ans que je prends des gardes chez les pompiers de Paris. Avant, je détestais, maintenant j’adore. Déjà parce je suis devenu chef du camion, et que c’est agréable d’être chef quelque part surtout quand personne ne connait plus votre prénom depuis que vous êtes de nouveau étudiant.

Bref rappel: Un pompier de Paris, s’il a accepté se faire humilier pendant 3 mois d’instruction, de ramper dans la boue et de tirer au Famas sur des cannettes de bière, c’est quand même pour faire du feu, et sortir du brasier avec son casque F1 et un enfant dans les bras. Quand il sort cinq fois pour le même feu de poubelle et trois fois pour relever une vieille dame, il s’ennuie un peu. Moi ça m’arrange, j’aime bien aller relever des vieilles dames. Et lui, ça l’arrange parce qu’il peut se poser devant le foot. Ou récurer les chiottes.

Au début, ce n’était pas gagné gagné. Pompiers ET militaires, quand même. Je n’aime pas le foot, les sports collectifs, le sport. Je n’ai aucune fascination particulière pour les militaires et mon côté raisonnablement hétéro me pousse plus à une légère exaspération teintée de jalousie qu’à une quelconque excitation devant un gars torse nu qui soulève 150 kg de fonte avec le petit doigt.

Maintenant j’aime tout. Je vois ça comme une sorte de jeux de rôle ou tout d’un coup je deviens quelqu’un d’autre. Certains sont des paladins et butent des orcs, moi, je deviens “l’homme aux rangeos” Et j’imite. Tout. Le vocabulaire par exemple: “Ouais, on décale les gars, on arrête de psychoter, c’est juste un 3-29”

Les fiches bilans sont pour moi un défi poétique permanent, un vrai Haiku. Il n’y a que des cases à cocher et juste un tout petit rectangle ridicule pour expliquer ce qui se passe en langage humain.
Comme ce sont des militaires, il faut un sujet, un verbe, un complément. « Une femme est tombée dans sa cuisine » « Un homme se plaint d’un malaise ». Ils ne rigolent pas avec ça, c’est marqué noir sur blanc dans l’un des 65321 référentiels qui régissent la Brigade.
Au début je détestais. Maintenant, j’adore. Une femme a mal à la tête. J’adore. C’est reposant, ça change de la myélinolyse centro-pontine.

Un pote externe (et aussi chef d’un camion) a retrouvé dans un dossier cette fiche brillante: « Une femme est retrouvée assise sur une chaise ». Notez que c’est un style un peu alambiqué, « Une femme est assise sur une chaise » aurait largement suffi, mais ne chipotons pas.

Je me suis donc mis en quête de la phrase la moins explicite possible, d’une pureté sans égal. Une phrase à la Flaubert, que du style, rien dedans. Quand je la trouverai enfin, j’espère qu’un docteur l’appréciera à sa juste valeur.

Bon, je me moque, mais je suis incapable d’arrêter. Partir au gyro-deux tons dans la nuit est aussi nécessaire à mon équilibre psychique qu’un paquet de Marlboro light. C’est un peu triste (surtout pour le paquet de Marlboro light), mais c’est comme ça. Et si leur côté « petit doigt sur la couture du pantalon » me fait rire et m’agace parfois, la litanie des morts au feu me laisse un arrière goût parfois amer. Mais bon, ceux qui restent écrivent de jolies phrases.

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22 fév 2009

Je vous parle d’un temps…

Publié par: Thomas Dans: Général

 

Il---tait-une-fois-la-vie Je voulais absolument rendre hommage à Albert Barillé, et puis j’ai oublié.

Albert Barillé est le créateur du génial “Il était une fois la vie”, le seul type au monde à oser expliquer à des enfants de 8 ans le rôle de l’ARN messager entre deux épisodes des Chevaliers du Zodiaque et de Ken le survivant.

En pleine révision du concours IADE, je me souviens avec émoi d’un épisode qui tombait pile sur la passionnante création d’un thrombus pour finir par la fibrinolyse. Et bien c’était tout pareil que dans mon livre à 40 euros. Sauf que c’était gratuit et sur Gulli. Oui, je regarde Gulli.

Entre ici, Albert Barillé, rejoins donc Jacques Cardona, qui t’a précédé en décembre, voix d’Inspecteur Gadget et surtout, surtout, compositeur du générique mythique des Merveilleuses Cités d’Or.

Le générique:

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15 fév 2009

Maux clés

Publié par: Thomas Dans: Général

wowÇa faisait longtemps que je n’étais pas allé fureter du côté des mots clés qui vous amènent ici. Du coup j’ai du chiffre. Et une analyse particulièrement rigoureuse me permet de conclure que vous êtes complètement tarés.

Bon, c’est un peu simpliste, je le reconnaît.  Je suis un garçon rassembleur, qui fédère autour de lui aussi bien ceux qui veulent voir une « infirmière a domicile baiser par un vieux » que les fans de la « compréhension empathique dans le soin ». Et ça, c’est plutôt la classe.

J’attire aussi les chasseurs de « salloppes », ainsi que tout ceux qui se posent cette question:
« les infirmieres sont elle vraiment des petasses? » En tout cas, Monsieur (ou Madame), l’un de vos  camarades taré à la réponse: Oui, « les infirmières sont des pétasses », peut être même des « petass du coin » voire des « petàss », avé l’accent.

Pour le reste…

Je peux répondre:

- « se laver les dents avant anesthesie »: ouais, carrément. C’est même aussi important que prendre votre Atarax, et ça m’aide pour ma « compréhension empathique dans le soin ». Et toi qui as tapé « laver dent être agen », tu ne m’auras pas avec des calembours minables, même si ce n’est pas fait exprès.

- « humour je lave ma tasse à café » Laver sa tasse ce n’est pas de l’humour. Tu laves ta tasse et tu te tais.

- « comment doit etre une salle de detente du personnel dans un hopital »: Elle doit être petite, si possible sans fenêtre, éclairée au néon, avec des tas de faire part, des cartes postales des Maldives avec écrit « Salut, je suis contente de pas être là », avec suffisamment peu de chaises pour que ceux qui sont assis se sentent bien.

« phrase rigolote pour le personnel hospitalier »: « Bonjour, je suis journaliste, j’ai une hémorragie digestive basse et je suis allergique au latex. »

« personne survie a la lave »: eeeeeeeeeh non.

Les inquiétants:

Il y a quelqu’un qui prépare tranquillement son homicide sur Google depuis deux mois et qui arrive régulièrement ici.

Ça a commencé tranquillement par « fabrication anesthésie artisanal », puis par « fabrication curare », avec sa variante « avaler du curare » puis « comment fabriquer un produit mortel » Franchement, si vous voulez un produit mortel, allez chez Leroy-Merlin ou achetez un Kebab, laissez tomber les trucs compliqués.

Le désespoir à l’état pur (mon chouchou):

- 2 janvier: « comment ouvrir blister »
- 4 janvier: « blister : ouvrir ou avaler ? »
- 5 janvier: « avaler blister »

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15 jan 2009

Les pros de la récup’

Publié par: Thomas Dans: A l'hôpital

got_naloxone Au printemps 2006, j’ai fait une grosse, grosse erreur. J’ai injecté 20 mg de morphine IV à une patiente de salle de réveil, au lieu de 2 mg. Juste dix fois plus.

Je n’ai aucune excuse particulière: pas de sous-effectif, pas de “grippe”, pas de charge de travail odieuse, que dalle. Juste une énorme faute d’inattention, la force terrible de la routine.

J’ai fais ma seringue de 10 mg, je l’ai laissée et je suis parti avec la seringue de 100 mg utilisée comme “seringue mère”. J’ai juste relu rapidement l’étiquette, et j’ai vu “Morphine”. Et paf, 20 mg.

Je me souviens comme si c’était hier de la boule dans le ventre 10 secondes après l’injection, de la préparation du Narcan®, du ”merde, putain de merde, merde, meeeeeeeeeeeerde” en boucle dans la tête, et surtout, surtout, de la tentation de ne rien dire, d’oxygéner et éventuellement d’antagoniser discrètement à l’arrache.

Finalement j’ai prévenu le réanimateur.

Et il ne s’est rien passé. Merci Madame d’avoir continué à respirer, merci aussi à vos reins de compétition.

Maintenant, que ce serait-il passé si ça avait mal tourné? Qu’est-ce qui aurait été écrit pendant mes 48 heures de garde à vue? Imaginons…

Le Parisien: L’hôpital public a encore tué hier.

La série noire continue. Selon nos informations, un infirmier a injecté 300 fois la dose d’un médicament (probablement un antibiotique) à une patiente hospitalisée pour une maladie. L’infirmier, jusqu’alors bien noté par sa hiérarchie, a été placé en garde à vue.

Patrick P., président de l’association “moi” et sosie officiel de Daniel Balavoine: “Y’en a marre! Ca devait arriver, cet infirmier était seul pour 254 patients! La logique comptable des hôpitaux est exclusivement responsable de ce décès! -Coupez! -On peut la refaire? j’étais pas assez en colère, puis je vais remonter mon col de blouse et mettre un peu de sang dessus, ça fera plus classe.”

Madame Michu, au micro-trottoir du 13 heures de TF1: “Ah ben c’est sûr avec tout c’qu’on entend, on a peur c’est sûr, hein, on est pas bien rassurés, hein, faudrait y réformer tout ça, hein.”

Nicolas S, hyperthyroïdien: « Qu’est c’que j’dois dire aux enfants d’cette dam’? Qu’en France, on peut mourir à l’hôpital? C’est inaceptab’.  »

Tract SUD santé: « Le système capitaliste, la remise en cause des congés bonifié et le refus de la Direction de nous octroyé 4,5 minutes d’habiyage AUXQUELLES NOUS AVONT DROIT, sont les causes de cette tragédit. »

Philippe J: Médecin, titulaire de la chaire “double casquette et objectivité”: « Sur l’archipel de Vanuatu, il y a 34 erreurs médicales pour 10000 actes. En rapportant le tout à la population française, on trouve donc 12367 erreurs en France. Si, c’est scientifique, je suis Professeur. Bon, ce n’est peut être pas publiable dans le Lancet, mais pour le JDD ça suffit largement. »

CroixDeFeu, Commentateur régulier sur “lefigaro.fr”: “Cette erreur prouve l’échec lamentable du système de santé de notre pauvre France, gangrené par la racaille syndico-gauchiste. Cet infirmier sous qualifié, probablement étranger, n’est que le maillon infime d’une chaîne d’incompétence. Pendons-les!”

Syndicat Infirmier, Ordre infirmier: “Quelqu’un veux nous interviewer? non? Bon, tant pis. Une belotte les gars? »

Merci de ne pas être morte, Madame.

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09 jan 2009

Un an de plus

Publié par: Thomas Dans: Général

Voilà, je viens de faire péter la VISA, c’est donc officiellement reparti pour un an d’hébergement de ce blog. Qui a un an, donc.

Un an de découverte de l’écriture, du brouillon, de la réécriture d’un paragraphe jusqu’à ce que ça sonne. Je suis un tâcheron, moi, je ne suis pas un gars fluide.

Un an d’autocritique rageuse et de coupes sombres, de peur de sombrer dans le lacrymal et dans l’émotion frelatée, un an d’éditeur de texte vide avec sa putain de barre clignotante, sans pouvoir écrire un mot, pas d’idées, pas envie.

Un an à se dire « Mais POURQUOI tu écris sur ton blog, pourquoi tu n’écris pas pour ton mémoire, tu sais, celui de la vraie vie? »

Mais aussi:

Un an de lecteurs, c’est chouette d’avoir des lecteurs. C’est même plus que chouette, parce que j’écris pour être lu. Du coup, ça tombe bien.

Un an de commentaires de personnes qui vous disent qu’ils aiment ce que vous écrivez, alors que vous, vous rêvez juste d’écrire un tout petit peu comme eux. Ça vaut toutes les putain de barres clignotantes.

Merci de me lire.

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23 déc 2008

Non, non, rien n’a changé

Publié par: Thomas Dans: A l'hôpital| Général

become-a-nurse1

save-his-life

Affiches américaines, 1942.

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