Un infirmier…

03 fév 2008

Relation soignant/soigné: Parle à ma main

Publié par: Thomas Dans: A l'hôpital

J’ai délibérément choisi de traiter ce sujet par le petit bout de la lorgnette, évitant ainsi peut-être le piège du discours pontifiant.

La relation soignant-soigné en réanimation avec un patient endormi a ceci de troublant qu’il s’agit le plus souvent d’une communication à sens unique. Dans ce cadre bien particulier, il est facile et rapide de dépersonnaliser l’autre, et de ne voir en ce patient qu’un tube, plusieurs cathéters et sondes.

Dire bonjour, prévenir de TOUS les soins TOUT le temps ( »Monsieur je vous pique le bout du doigt », « on vous tourne Madame »), ne pas raconter ses derniers exploits sexuels à sa collègue de l’autre côté du lit, je ne connais personne capable de tenir la distance sans un accroc, sur une journée de 12 heures. Viens un moment ou, faute de retour, la dépersonnalisation prend le dessus.

Les infirmiers sortent de 3 ans et quelques mois d’IFSI avec un mot clé, érigé en clé de la « relation d’aide »: l’empathie. « L’empathie, ou compréhension empathique consiste en la perception correcte du cadre de référence d’autrui avec les harmoniques subjectives et les valeurs personnelles qui s’y rattachent. Percevoir de manière empathique, c’est percevoir le monde subjectif d’autrui « comme si » on était cette personne. »

A titre personnel, je suis empathique maladif, ce qui m’empêche de suivre par exemple une émission de télé réalité: j’ai trop honte pour les gens et ça me met mal à l’aise. J’ai aussi un peu de mal avec les « harmoniques subjectives » de mes patients, mais ce doit être parce que je n’ai pas fait l’école des cadres.

L’empathie en réa, ça pose un problème: comment percevoir le monde d’un patient profondément sédaté alors qu’on est incapable de savoir ce qu’il est capable de percevoir justement? Et puis, comment trouver la limite entre le robot infirmier qui se contente de technique pure, et l’infirmier qui finira par s’autodétruire à force de prendre sur lui toutes les souffrances des autres?

Je n’ai pas de réponse, et il n’existe pas de réponse toute faite. L’humour noir en est une parmi d’autres. Un observateur qui traînerait dans une salle de détente quelconque serait probablement outré par les propos atroces proférés. Pourtant, c’est souvent une catharsis nécessaire qui permettra de déverser notre trop plein de dégoût-fatigue-stress-colère (ça dépend des jours). C’est peut-être malsain mais ça soulage.

On repart ensuite avec un tout petit plein d’énergie nécessaire pour ne pas voir une marionnette télécommandée (télécommande de droite pour la ventilation, boutons de gauche pour la Pression Artérielle) à la place de notre patient, pour lui parler, lui raconter que ses enfants sont venus le voir, lui dire quel jour nous sommes.

Faire des soins ultra techniques, c’est finalement simple avec un peu d’ancienneté. Communiquer naturellement avec quelqu’un qui ne vous répond pas, ça ne s’apprend pas et c’est dur. Communiquer efficacement, calmement avec un patient désorienté qui rêve de vous mettre un pain aussi. Tout ça demande une énergie dont on ne se rend pas forcément compte. Et puis la qualité d’une relation soignant-soigné, ce n’est pas quantifiable et ça ne rapporte pas de pognon.

Les patients guéris reviennent souvent dans les services de soins, mais rarement en réa. « Trop de sales souvenirs » m’a raconté un jour une femme restée 3 semaines en réa dont deux sédatée. Elle se souvenait parfaitement de situations précises pendant qu’elle dormait. Elle se souvenait aussi de ma voix, qu’elle a immédiatement associé à mon prénom, alors que je ne l’avais jamais vu réveillée. OK c’est de la science de comptoir, mais quand même…

Le Carnaval des Blogs Médicaux c’est ici

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8 Responses pour "Relation soignant/soigné: Parle à ma main"

1 | Mél

7 février 2008 à 18 h 16 min

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afff…depuis le passage à l euros…z’ont même pas pensé à changer l’intitulé "opération pièces jaunes" en "opération pièces rouges"
LOL – c’est pas du sérieux ça!!!!

2 | Thomas

7 février 2008 à 18 h 41 min

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Bah là dessus ils ont bien raison… :)

3 | Didine

18 février 2008 à 11 h 22 min

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AH la grande question! Faut-il parler à un patient sédaté?
Je dirai que de le faire ne fais pas vraiment perdre de temps mais parfois pris dans le speed, l’urgence et sachant que le patient ne répondera pas on a tendance à oublier de lui parler!
Mais une réflexion me vient…peut-on parler de relation soigant/soigné quand le soigné est intubé et sédaté? La communication nécessite un feed back donc un retour de son interlocuteur!

4 | Ptysie

22 février 2008 à 1 h 01 min

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Je réponds très volontiers « oui » à votre question, Didine… Parce que le soignant et le soigné sont bel et bien en relation, même si la relation est un peu déséquilibrée par la sédation…
Un exemple : comment se passe une relation entre une auxiliaire puéricultrice et un enfant polyhandicapé en institution/centre spécialisé ? Et bien, naturellement, comme un infirmier et un patient quidam, comme un membre de l’équipe paramédicale et un patient sédaté : on parle, on explique… Même si on sait pertinemment qu’il n’y aura pas (forcément) de réponse…
J’ai la chance d’avoir une maman aux-puer, qui a travaillé plus de 20 ans avec des enfants polyhandicapés… Sa relation simple avec eux, elle m’en a transmis la nécessité… Simplicité qui m’a bcp servi lors de mon stage en pédiatrie & qui m’a, à l’époque, conduit à avoir une relation « normale » avec cette population d’enfants si particulière et pleine de richesses…
Alors « oui », il existe une relation… Que la communication soit verbale ou non d’ailleurs…

5 | dav

25 février 2008 à 23 h 27 min

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je suis interressait par vos questionnement car je fait mon tfe la dessus.et je pose cette question qu est ce qui pourrait faire changer le comportement d un ide face a une personne sedaté? comment peu t on arrivé au bout de quelques année de pratique a ne pas devenir une simple machine high tech? pour ma part je ne me voit pas faire un soin a une personne sedaté ou non sans communication qu elle soit verbaale ou non.Maintenant on est tous humain et c est vrai que dans le speed et ben parfois on passe a coté.Quelle serait le moyen de faire entendre a des gens qui ont des croyances autres que celle ci qu il est necessaire de garder le lien? en tant q u eleve une infirmiere me voyant parler a une patiente sedaté ma dit que cela ne servait a rien.D ou emerge mon Tfe que je leur ferait parvenir apres mon diplome.
merci beaucoup.rien que vos experiance ci dessus m on deja amener des reponses

6 | docteur m

19 mars 2008 à 9 h 19 min

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Très intéressant à lire sur ce sujet, le livre d’une ethnologue, Marie-Christine Pouchelle: « l’Hopital Corps et Ame »

Votre blog est très sympa. Je n’y suis arrivée que par le carnaval, et pas en tapant IADE à poil sur Google !

7 | Bellemaseul

3 avril 2008 à 15 h 14 min

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en tant que futur mais lointain le futur: patient: ne pas me faire mal;j’ai horreur d’avoir mal sinon en gueulant, en ralant, en muet c’est pas grave le soin..je rajoute etre propre, et sentir bon..et quand je dors en sédater en sommeillé (du silence)
alors le déménagement:
belle est contente: enfin elle peut compter sur ses amis pour le déménagement: son portable est coupé,sa voiture est prete,et 5 amis pret pour la correspondance:1er appel:en résumé: o tu peux pas venir..ta voiture en panne j’tenvoie jérometinquietepaaplus…
2em appel:en résumé:tpamalade?tamere!bon dans 5 heures attend elle va la conduire et toi tarrive je coupe la..
6em:ouii: quoi,encore!un malderin Oh ça suffit Benoit!benoit JE TEMMERDE benoit:les cotas sont remplis -A JAMAIS-clic.

8 | Audrey

9 novembre 2009 à 16 h 21 min

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Bonjour,

Doctorante en sociologie du travail, j’ai fait des observations dans des services de réanimation, mais les discours auxquels j’ai du faire face n’ont pas été tout ce qu’il y a de plus honnête, un peu trop lissés à mon goût, ne reflétant que partiellement la réalité. Je ne trouve pas votre blog qui pourrait j’en suis certaine m’intéressée. Pourrions-nous avoir des échanges mails? Cordialement. Audrey.

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